BAC+5 et chômage

On parle souvent du chômage des jeunes sans formation mais jamais des diplômés. Qu'en est-il?

D'abord une simple revue des articles existants puis je vous détaillerai mon analyse personnelle.

On retrouve des articles à ce sujet datant des années 2010, le problème n'est donc pas tout récent (voir l'Obs). Dans l'article de l'Obs précédemment cité, on a affaire à un ingénieur (une ingénieure plus précisément, quoi que je déteste la féminisation des noms, passons) qui galère à trouver son premier job à la hauteur de ses espérances. Habitant à Saint-Etienne, zone absolument sinistrée avec un taux de chômage important, malheureusement pour elle, cela l'oblige donc à se déplacer en France pour trouver son premier job occasionnant des coûts supplémentaires. On ne sait pas de quelle école sort-elle, on peut supposer que son cas reste assez marginal malgré la crise qui était passée par là dans ces années-là.

On zappe quelques articles, je tombe sur celui de l'Express daté d'octobre 2014. Parfait, un article complet avec des stats basées sur les données de l'Apec! Comme le titre l'indique, 37% des Bac +5 au chômage un an après l'obtention de leur diplôme. Déjà, il faut savoir, parmi ceux qui ont un emploi, cet emploi est-il bel et bien au niveau du demandeur? Cette information n'est pas explicitée. Dans l'article récent (avril 2018) de l'étudiant, on nous dit que 82% des jeunes dîplomés ont un emploi, dont 53% occupent des postes de cadres. Normalement BAC+5 devrait déboucher systématiquement sur un emploi destiné aux cadres. D'ailleurs, il existe des postes de cadres au SMIC et au forfait. Dans le style corvéable à merci, on ne fait pas mieux!

Quelques blogs traitent du sujet: ici et . On y trouve les points de vue de deux jeunes ayant eu quelques galères pour trouver leur premier job. Intéressant à lire... Enfin, ci-dessous petit témoignage visible sur youtube d'une ex-étudiante de ESC amiens.

Pour mon analyse, lisez la suite.

 

Alors pourquoi les jeunes diplômés ont-ils tant de difficultés à trouver un job correct? Ma vision.

1 - Les diplômes ne valent plus grand chose. Il suffit de voir les résultats au bac! Désormais 90% des lycéens ont leur bac. Prenons l'exemple d'un BAC pro comptable: autrefois ce type de profil savait, à la fin de son cursus, faire des bilans / écritures de clôture. Cet aspect là a été totalement occulté au fil des années, il faut désormais avoir un BTS pour avoir le niveau requis par un cabinet ou une entreprise. Idem le BTS, plusieurs exercices et écritures ont été simplifiés: moins on en demande aux étudiants, mieux on se porte à l'éducation nationale!

A la fac, je me souviens que mes exercices en Contrôle de gestion niveau bac+4, voire bac+5, étaient tous issus des annales du DCG (bac+3), et étaient, en général, les plus simples. En clair, toute l'échelle des diplômes se décale de plus en plus car leur obtention est de plus en plus simple. Seules les écoles top 10, l'X, Centrale, quelques IAE, Dauphine "osent" demander un peu de niveau aux étudiants.

2 - Les hauts diplômes servent avant tout à "apprendre à apprendre", avoir la capacité à accompagner le changement, à s'adapter à de nouvelles situations. De nombreux étudiants pensent que l'ultime sésame est une finalité, que le bout de carton servira toute leur vie. A chaque instant de sa vie professionnelle, il faut apprendre de nouvelles choses, changer de postes, oser de nouveaux défis (voir mon article sur l'auto-entrepreunariat). Or j'ai vu à la fac de Nanterre, certains cursus, des gars qui ne savaient toujours pas être à l'aise à l'oral / ou, encore pire, à l'écrit. Pourtant, rares sont ceux qui n'ont pas eu leur diplôme. Franchement, bac+5 et toujours cas SOS?

3 - De plus en plus d'écoles bidons. Faites un tour sur internet et tapez Weller School Academy, hilarant! On a vu une multiplication des écoles de commerce, dont beaucoup avec "prépa" intégrée, c'est-à-dire que les élèves entrent après le bac et finissent à bac +5 en ayant acheté leur diplôme. Autrefois, nous avions une trentaine de grandes écoles, type ESC sans nom pompeux, où il fallait intégrer une prépa maths ou éco au préalable. Du côté des facultés, on obtenait un DESS à la fin de son cursus. On pouvait également s'arrêter plus tôt en validant un DUT ou une licence.

4 - Les postes peu agréables et peu rémunérés sont les principaux disponibles dans les entreprises. Comment pouvons-nous absorber autant d'ex étudiants avec master II? Impossible. Les besoins ne sont pas si importants.

5 - Contrairement à certaines croyances, un bac+5 ne peut pas forcément exercer le poste d'un bac+2. Prenons l'exemple d'un financier, cherchant un poste d'analyste financier. Son cursus est le suivant: ESC en 5 ans, les 3-4 premières sont généralistes, ils découvrent l'économie, marketing, management, finance... il se spécialise en finance en 5ème année en faisant un stage, voire une alternance. Avec un tel cursus, à aucun moment, il n'a vu le programme d'un bac+2, c'est-à-dire celui d'un comptable. Analyser les comptes d'une société n'a rien à voir avec les faire. Il est plus simple pour un patron de prendre un BTS, qu'il faudra former aux bonnes pratiques, que de prendre un bac+5 qui sera incompétent pendant un long moment. Le bac+5 se sentira frustré, il se dira "trop diplômé" alors qu'il n'a tout simplement pas les bonnes compétences.

 

 

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